Article du Point du 14 février 2008

Publié le

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14/02/2008 N°1848 Le Point

Versailles - municipales - Bataille pour l'après-Pinte

Après le retrait du maire sortant, Etienne Pinte, et le forfait de Valérie Pécresse-deux sommités de droite fédératrices-, qui de Bertrand Devys, successeur désigné de Pinte, ou de François de Mazières, adjoint à la culture, enlèvera la mairie ?

Ariane Singer

A Versailles, la perspective d'un duel fratricide à droite eût tout bonnement paru impensable voilà encore quelques mois. Le député maire sortant, Etienne Pinte, était assuré de se succéder à lui-même dans ce fief acquis à l'UMP. Mais voilà... Agé de 69 ans, l'édile a annoncé, en décembre, sa volonté de passer la main après deux mandats à la tête de la ville et trente ans passés au conseil municipal. Une décision jugée bien tardive par nombre de ses « amis » politiques.

« J'ai été très frustré de ne pas pouvoir faire plus de choses aux niveaux national et international, plaide le maire . J'ai également ressenti le besoin de m'engager davantage sur certaines questions et de prendre du recul pour pouvoir lire, réfléchir et écrire. » Après avoir planché sur la question de la double peine et sur le statut des intermittents, cet élu à la sensibilité sociale bien connue est aujourd'hui chargé par le gouvernement d'une mission sur l'hébergement d'urgence.

Etienne Pinte hors jeu, la succession est donc ouverte. Un moment désignée pour reprendre le flambeau versaillais, Valérie Pécresse, députée de la deuxième circonscription des Yvelines, a finalement renoncé, « la mort dans l'âme », à briguer le mandat municipal. « Les fonctions de maire sont incompatibles aujourd'hui avec mon activité ministérielle. Une réelle disponibilité est nécessaire pour diriger une ville de 80 000 habitants. Je ne l'ai pas actuellement », expliquait-elle au Parisien le 8 janvier. Deux candidats, hier alliés, se retrouvent désormais face à face au rang des favoris : Bertrand Devys, 52 ans, l'héritier officiel, actuel adjoint aux finances, a été investi par l'UMP, tandis que François de Mazières, 47 ans, adjoint à la culture, est « soutenu » par le MoDem.


Des divergences à la dissidence. Les deux hommes ayant partagé, douze ans durant, les bancs du conseil municipal, la candidature de ce dernier est ressentie comme une trahison par le clan d'Etienne Pinte. « Je n'ai pas compris qu'il se présente de la sorte, puisqu'il a voté toutes les délibérations avec nous sans jamais manifester la moindre opposition », tempête le maire sortant. Il se dit d'autant plus « déçu » qu'il a appris la candidature de Mazières par le journal. Pourtant, de réels points de divergence existent. A commencer par l'intention d'accueillir le Grand Prix de formule 1 dans la ville et le projet de multiplexe, cher au maire actuel, sans négliger les dissensions entre la ville et le château (Pinte a qualifié de « funeste » la nomination de Jean-Jacques Aillagon à la tête de l'établissement public). De quoi décider François de Mazières à prendre son bâton de pèlerin.

Le match Devys-Mazières représente d'abord une opposition de personnalités : charismatique, brillant inspecteur des finances, aujourd'hui président de la Cité de l'architecture après avoir été conseiller de Jean-Pierre Raffarin à Matignon, François de Mazières est clairement identifié par les Versaillais comme le promoteur du Mois Molière. Moins connu, Bertrand Devys, expert-comptable à Versailles et conseiller général à l'insertion, plutôt réservé, a quant à lui une réputation de gestionnaire rigoureux.

Ils portent tous deux des projets différents pour la ville. S'inscrivant dans la continuité du maire sortant, Bertrand Devys entend poursuivre les opérations engagées, comme l'aménagement de Chantiers et Satory, le passage de la communauté de communes à une communauté d'agglomération, la mise sur pied du pôle de compétitivité Mov'éo autour de la voiture intelligente, etc. Il entend également améliorer la vie quotidienne des Versaillais : simplification des démarches administratives, réorganisation du stationnement, augmentation significative du nombre de berceaux en crèches. Et il propose de réformer la politique culturelle, notamment par la meilleure mise en perspective des infrastructures existantes et par l'instauration d'un passe culture.

De son côté, François de Mazières prône un changement radical pour « moderniser » Versailles. Son idée ? Utiliser la notoriété de la cité royale pour en faire une ville fleuron du développement durable. « Une pépinière d'entreprises pourrait voir le jour autour du pôle constitué par l'Inra, le Potager du roi et l'Ecole nationale du paysage », indique-t-il. Dans le même ordre d'idées, il souhaite aménager la zone de Chantiers en un centre d'affaires international. Quant au quartier Satory, il préconise d'en faire un « écoquartier » exemplaire, sur le modèle de Fribourg-en-Brisgau, ville allemande réputée pour ses initiatives réussies en matière de développement durable. Ce qui impliquerait d'y favoriser les logements sociaux et l'accession à la propriété. Sur le plan culturel, le candidat du MoDem envisage de renforcer les liens avec le château et de créer une nouvelle salle de spectacle derrière les Grandes Ecuries, lieu jugé « inconstructible » par la majorité sortante...

En fonction de quels critères les Versaillais feront-ils leur choix ? Le doute demeure. François de Mazières, à la tête d'une liste qu'il veut apolitique et qui ratisse large à droite-on y trouve plusieurs membres du MoDem et un ancien de l'Union pour le renouveau de Versailles-, pourrait séduire les déçus d'Etienne Pinte. Avec une équipe rajeunie (47 ans et demi de moyenne d'âge, soit dix de moins que la sortante), renouvelée à 70 % et étendue, elle aussi, aux centristes-certains de ses colistiers sont adhérents du Forum des républicains sociaux de Christine Boutin-, Bertrand Devys ne manque pas d'arguments. D'autant que sa liste comprend des personnalités au profil typiquement « versaillais », comme Gabriel de Nomazy, général de l'air à la retraite et ancien président de Polytechnique, ou encore le prince Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme, président du Mémorial de Saint-Denis.


Les autres listes dans la brèche. Sans illusions, la gauche et l'extrême droite devraient jouer les rôles d'arbitre. Tête de liste d'une gauche plurielle en petite forme, Catherine Nicolas, conseillère municipale en charge du Centre communal d'action sociale (CCAS), s'inquiète de voir les amis d'Etienne Pinte puiser dans ses thèmes de prédilection (le logement social, la petite enfance, l'instauration d'un quotient familial, le troisième âge), tandis que François de Mazières courtise son électorat.

Cette candidate discrète espère pourtant figurer au second tour en misant sur la division de la droite. « Nous aimerions faire aussi bien qu'en 2001, dit-elle, avec au moins 25 % des votes. Mais, à Versailles, les gens de gauche n'osent même pas dire qu'ils sont de gauche. »

Une inconnue demeure : le poids d'Henry de Lesquen. Proche de Philippe de Villiers, le chef de file de l'URV ne se lasse pas de pourfendre la majorité « socialo-pintiste » et le « cryptototalitarisme » qui serait à l'oeuvre dans la ville. Séduira-t-il les électeurs comme il y est parvenu alors qu'il était un parfait inconnu ? Se présentant sous la bannière floue de divers droite, il avait totalisé 26 % des voix en 2001. L'échec du Front national à présenter une liste, faute de moyens, pourrait bénéficier à sa formation, qui prône bien haut le maintien de « l'identité versaillaise » et « le droit au voisinage ». Et il clame son refus d'accueillir des « populations sociologiquement différentes ». Toutefois, il semblerait que nombre de Versaillais n'aient pas apprécié, au cours des sept années écoulées, ses méthodes d'intervention musclées en conseil municipal. Un comportement qui lui a valu deux condamnations pour diffamation à l'encontre de Bertrand Devys et d'Etienne Pinte-il a néanmoins fait appel dans cette seconde affaire. Il n'est pas sûr non plus que les habitants aient approuvé le retard pris, à cause de ses multiples recours juridiques, par les grands projets de la ville. A commencer par le plan local d'urbanisme (PLU), annulé en juillet 2006 et revoté à l'identique... mais trois mois plus tard. Les urnes diront ce qu'il en est

 

Les dossiers chauds de la campagne

 

Que faire de Satory ? Dans ce quartier à part, le désengagement de l'armée offre des perspectives de développement inespérées pour la ville. Après la vente par Nexter (ex-GIAT) d'une partie de ses terrains, la ville s'est lancée dans l'aménagement de 14,5 hectares comprenant un parc d'affaires de 11 hectares et un immeuble de bureaux. La municipalité a souhaité en faire le coeur de Mov'éo, le pôle de compétitivité consacré à l'automobile. Mais les entreprises ne sont pas aussi nombreuses que prévu, hormis Nexter, Renault Trucks Défense et Citroën Sport. Comme l'Etat l'avait envisagé, l'opposition souhaiterait récupérer une partie des terrains pour y implanter des logements, ce que d'importants problèmes de pollution empêchent pour l'heure de réaliser. Néanmoins, la question est posée, d'autant que la ville doit encore faire un petit effort pour atteindre le seuil des 20 % de logements sociaux exigés par la loi SRU, soit 2,5 % de plus que ce dont elle dispose actuellement.

Pour sa part, Etienne Pinte a proposé d'utiliser la piste pour y accueillir le Grand Prix de France de formule 1, répondant ainsi au souhait de l'homme d'affaires Bernie Ecclestone de voir la manifestation se dérouler en Ile-de-France. Un projet auquel François de Mazières comme Henry de Lesquen sont farouchement opposés, redoutant son coût et le fait que la compétition ne porte sérieusement atteinte à l'image de marque de Versailles...

Le multiplexe. Autre point épineux : le projet d'installation d'un multiplexe dans la ZAC des Chantiers. Attribué au groupe Pathé, ce complexe de 10 salles, qui doit être l'une des pierres angulaires du quartier remodelé, inquiète ceux qui, comme François de Mazières, craignent qu'il ne porte un coup fatal au cinéma Le Cyrano, déjà en perte de vitesse. Il épouvante aussi les partisans du discours sécuritaire d'Henry de Lesquen, qui redoutent l'arrivée concomitante « des racailles de banlieue »...

Circulation et stationnement : les éternels écueils. La révision du trajet des 1 000 bus quotidiens, aux alentours de la gare Chantiers (ils arriveront par trois voies différentes au lieu d'une), devrait permettre de fluidifier le trafic. Tout comme la finalisation du tunnel de l'A86 entre Rueil-Malmaison et Versailles. La prochaine équipe devra toutefois revoir à la baisse le prix exorbitant du stationnement dans les quartiers Saint-Louis et Notre-Dame, conçu pour dissuader les nombreuses voitures ventouses. Et accélérer, autant que les sous-sols et les secteurs sauvegardés de la ville le permettent, la création de places de parking souterrain par Ariane Singer

 
Les comptes de la ville : notre expertise
 

La municipalité sortante a-t-elle bien géré les finances de Versailles ? Directeur de Public Evaluation System (www.public-evaluation.com), une agence privée de notation des collectivités territoriales, Stanislas Boutmy a analysé pour Le Point les comptes de la ville en dégageant les bons et mauvais points. Cette analyse se base notamment sur les données fournies par la Direction générale des collectivités locales (ministère de l'Intérieur), le ministère de l'Economie et des Finances, la Cour des comptes et la ville.

Point fort : le ratio recettes de fonctionnement/montant de la dette

Un des problèmes de Versailles tient à la quasi-absence de grandes entreprises pour stimuler l'activité économique locale. Cette situation ne favorise pas les rentrées fiscales et la municipalité disposait en 2001 de marges de manoeuvre très réduites. Son endettement ne permettait pas d'envisager d'investissements trop ambitieux. Et pourtant une politique d'allègement des dépenses incompressibles jointe à un relèvement des taux d'imposition a permis à la municipalité de desserrer l'étau. Une amélioration qui peut s'apprécier en constatant, par exemple, l'évolution du rapport entre les recettes de fonctionnement et le montant global de la dette de la ville. Ces recettes sont passées de 88 millions d'euros en 2001 à 126 millions d'euros en 2006, tandis que la dette ne progressait que de 68,6 à 69,2 millions d'euros sur la même période. De sorte qu'aujourd'hui 6,5 mois de recettes de fonctionnement suffisent à rembourser la dette (contre 8,5 mois en moyenne dans les villes de la même strate, comprises entre 50 000 et 100 000 habitants). En six ans, l'annuité de la dette a été ramenée de 20,3 à 10,8 millions d'euros. Parallèlement, la municipalité a su réduire en six ans de 12 % ses dépenses de fonctionnement fixes.

Point faible : des taux d'imposition en hausse

Les Versaillais ont longtemps bénéficié d'une fiscalité locale plus que raisonnable. Une quasi-anomalie qui a permis à Etienne Pinte et son équipe d'augmenter les taux d'imposition, de 20 % pour les ménages et de 25 % pour les entreprises, sans dépasser les niveaux en vigueur dans les villes équivalentes. Une embellie fiscale mise à profit pour accroître l'effort d'équipement de la ville de 25 %. Toutefois, cette politique connaît de réelles limites : en 2006, les dépenses d'équipement ont atteint 257 euros par Versaillais, contre 341 euros en moyenne par habitant d'une ville de cette strate. Peut mieux faire...

Publié dans Municipales 2008

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